Combien consomme un vieux congélateur armoire ?
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Acheté par mes parents en octobre 1990, ce congélateur armoire a largement dépassé son espérance de vie. Après 35 ans de bons et loyaux services, combien coûte en électricité un congélateur aussi ancien ?
En résumé
- Ce congélateur de 1990 consomme 640 kWh (161,00 €) par an, soit 53,3 kWh (13,42 €) par mois.
- La consommation mesurée est 21% supérieure à l’indication de l’étiquette (1,45 kWh/24h).
- Le congélateur coffre récent que nous avons testé consomme 63% de moins.
- En 7 ans, le coût de l’électricité égale le prix d’achat.
Le matériel
Ce congélateur armoire Derby de type UF 30 a été fabriqué au Danemark. Il a été acheté en octobre 1990 pour 3900 francs.
Nous avons déjà testé un congélateur coffre plus récent. Ce test permet de comparer avec un modèle bien plus ancien.

C’est un appareil imposant, avec un volume brut de 256 litres (211 litres nets) :

Le bandeau supérieur comporte trois voyants :

- Le voyant vert indique que le congélateur est en fonctionnement.
- Le voyant rouge s’allume lorsque la température de congélation normale n’est pas atteinte : typiquement après un dégivrage, une remise en service, ou une longue panne d’électricité.
- Le voyant orange est un interrupteur qui active un mode de congélation rapide : le compresseur tourne alors en permanence, ce que le manuel recommande avant de congeler une grosse quantité de nourriture.
Consommation
Méthode de mesure
La mesure a été faite avec un module Shelly Pro EM déjà installé pour une autre mesure dans la pièce où se trouve le congélateur, même si la puissance était suffisamment faible pour qu’on ait pu utiliser une prise connectée Shelly Plus PlugS.
La puissance instantanée est collectée et enregistrée une fois par seconde.
Informations fournies par le fabricant
L’étiquette se trouve à l’intérieur du congélateur. J’ai pu la photographier pendant le dégivrage :

L’étiquette indique « V 220 Hz 50 W 125 kWh/24h 1,45 », soit une puissance de 125 W et une consommation de 1,45 kWh par 24 heures. On note également que le réfrigérant utilisé est le R-12, un CFC désormais interdit en raison de son impact sur la couche d’ozone. Les congélateurs modernes utilisent du R-600a (isobutane), bien moins nocif pour l’environnement.
L’appareil est de classe climatique N, c’est-à-dire conçu pour fonctionner dans un environnement domestique normal avec des températures comprises entre 16°C et 32°C.
Fonctionnement normal
Sur plus d’une journée d’enregistrement, on observe la consommation typique de ce congélateur en fonctionnement normal :
Fonctionnement normal pendant plus d’une journée
| Consommation | 2,3 kWh — 0,58 € |
|---|---|
| Durée | 1j7h |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 141 W | 73 W | 1,86 kW |
On observe une alternance très régulière entre des phases de fonctionnement du compresseur et des phases de repos complet. La puissance moyenne sur cette période est de 73 W, pour une consommation de 2,3 kWh (0,58 €) en un peu plus de 31 heures.
Sur 24 heures
Sur une journée, on compte 15 cycles de fonctionnement du compresseur, chacun d’environ 50 minutes, suivis de 45 à 50 minutes de repos :
La consommation sur 24 heures est de 1,8 kWh (0,45 €), avec une puissance moyenne de 75 W. Cette moyenne est légèrement surestimée car l’enregistrement commence et se termine par des phases de fonctionnement du compresseur. Le profil plus long ci-dessus donne une moyenne plus représentative de 73 W.
Sur certaines des phases de fonctionnement, on remarque un pic de démarrage très élevé. Le wattmètre utilisé échantillonne une fois par seconde, ce qui ne permet pas de capturer le pic à chaque démarrage.
En détail
Un cycle complet
En zoomant sur un cycle, on voit nettement l’alternance entre une phase active avec le compresseur qui tourne et une phase de repos à puissance nulle :
| Consommation | 125 Wh — 0,032 € |
|---|---|
| Durée | 1h44min |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 0 mW | 71,9 W | 187 W |
La régulation de la température se fait par un thermostat à bilame : il n’y a aucune électronique dans cet appareil. Lorsque la température intérieure remonte au-dessus du seuil, le thermostat déclenche le compresseur, qui fonctionne jusqu’à ce que la température redescende suffisamment.
Pendant la phase de repos, la puissance mesurée est de 0 W. Il est possible que l’ampoule du voyant de fonctionnement soit grillée, car on ne mesure aucune consommation résiduelle. Après 35 ans de fonctionnement permanent, on le lui pardonne aisément !
La phase active du compresseur
En zoomant sur la phase active d’un cycle, on observe un comportement qui se reproduit à chaque phase de fonctionnement :
| Consommation | 125 Wh — 0,032 € |
|---|---|
| Durée | 51min49s |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 144 W | 145 W | 187 W |
On observe trois phases :
- Une consommation plus élevée pendant environ 1 minute 40, avec un maximum à 187 W après une trentaine de secondes puis une décroissance lente ;
- Une descente rapide à environ 155 W ;
- Une descente très lente jusqu’à environ 140 W avant l’arrêt du compresseur.
Je n’ai pas d’explication pour ce comportement en deux paliers, mais il se reproduit fidèlement à chaque cycle.
La puissance médiane sur l’ensemble de la phase active est de 144 W, pour une consommation de 125 Wh (0,031 €) en environ 52 minutes. C’est 15% au-dessus de la puissance nominale de 125 W indiquée sur l’étiquette. La tension secteur pendant la mesure était d’environ 230 V, légèrement supérieure aux 220 V indiqués sur l’étiquette, ce qui contribue à une puissance médiane un peu plus élevée.
Le pic de démarrage
En zoomant sur un pic de démarrage, on voit l’amplitude impressionnante du courant d’appel du compresseur :
| Consommation | 5,85 Wh — 0,001 € |
|---|---|
| Durée | 1min50s |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 180 W | 191 W | 1,81 kW |
Le pic atteint 1,81 kW, ce qui correspond au courant d’appel du moteur électrique du compresseur. Il ne dure qu’une fraction de seconde, puis la puissance redescend rapidement au niveau normal de fonctionnement. Sur un circuit 220 V, cela représente un courant d’appel d’environ 8 A, ce qui reste dans les limites d’un circuit domestique standard.
C’est d’ailleurs l’importance de ce courant d’appel lors du démarrage de moteurs qui explique pourquoi on installe typiquement un disjoncteur 20 A avec un câblage en 2,5 mm² sur les circuits dédiés au gros électroménager (machine à laver, par exemple), alors que la prise de raccordement de l’appareil n’est qu’en 16 A.
Premier démarrage après dégivrage
Le congélateur a été dégivré puis déplacé d’une pièce à une autre. Lorsque nous l’avons remis en fonctionnement, il était presque à température ambiante à l’intérieur. Le compresseur a fonctionné plus de 2 heures en continu pour ramener le congélateur à sa température normale :
Premier démarrage après dégivrage
| Consommation | 330 Wh — 0,083 € |
|---|---|
| Durée | 2h18min |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 141 W | 143 W | 1,8 kW |
La consommation de ce premier démarrage est de 330 Wh (0,083 €) en 2h18. On observe le même pic de démarrage à 1,8 kW, suivi d’un fonctionnement continu sans les pauses habituelles.
En excluant le pic de démarrage, on retrouve la même forme de courbe que lors d’un cycle normal, mais très étirée dans le temps :
Premier démarrage après dégivrage — après le pic de démarrage
| Consommation | 329 Wh — 0,083 € |
|---|---|
| Durée | 2h18min |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 141 W | 143 W | 161 W |
Il faut plus d’une heure pour que la puissance descende à 140 W, puis le fonctionnement continue encore plus d’une heure à ce niveau. La puissance médiane est de 141 W, proche de celle d’un cycle normal, mais la durée est bien plus longue. Cela s’explique par la quantité de chaleur à évacuer pour ramener l’ensemble du congélateur de la température ambiante à la température de congélation.
En fonctionnement normal, un cycle de compresseur consomme 125 Wh. La surconsommation liée au dégivrage est donc d’environ 205 Wh (0,052 €), soit l’équivalent de moins de deux cycles normaux supplémentaires.
Pas de consommation en veille
Ce congélateur n’a aucune électronique : la régulation se fait entièrement par thermostat mécanique. Lorsque le compresseur est à l’arrêt, la puissance mesurée est de 0 W. Il n’y a donc aucune consommation en veille à signaler.
Coût d’utilisation
Avec une puissance moyenne de 73 W en fonctionnement normal, la consommation est de 1,75 kWh (0,44 €) par jour, 53,3 kWh (13,42 €) par mois, ou 640 kWh (161,00 €) par an.
L’étiquette indique 1,45 kWh par 24 heures. Notre mesure donne une consommation journalière supérieure de 21% à la valeur de l’étiquette. On peut supposer que l’âge de l’appareil, l’usure du compresseur, et la dégradation de l’isolation thermique expliquent cette différence.
Pour comparaison, le congélateur coffre récent que nous avons déjà testé consomme 652 Wh par jour, soit 63% de moins.
Le congélateur a-t-il coûté plus cher en électricité qu’à l’achat ?
Le congélateur a été acheté en 1990 pour 3900 francs, soit l’équivalent d’environ 1 067 € actuels d’après le convertisseur de l’INSEE. Avec une consommation journalière d’environ 1,75 kWh, il aura fallu 7 ans pour que le coût de l’électricité égale le prix d’achat.
Pour 35 ans de fonctionnement, la consommation totale d’électricité s’élève à 22 400 kWh (5 635,00 €), soit environ 5 fois le prix d’achat ! Pour un appareil qui fonctionne en permanence, il n’est pas rare que la consommation électrique sur sa durée de vie dépasse largement le prix d’achat initial.
Faut-il le remplacer avant sa fin de vie naturelle ?
L’écart de consommation avec un congélateur récent est important, mais pas surprenant pour un appareil ayant 35 ans de différence d’âge. Le congélateur coffre récent que nous avons testé consomme 63% de moins, soit une économie quotidienne d’environ 1,1 kWh (0,28 €).
Un congélateur armoire moderne de volume comparable (200-250 litres) coûte environ 400 €. Avec une économie d’environ 402 kWh (101,08 €) par an, quelques années suffiraient pour rentabiliser le remplacement.
Cependant, ce Derby fonctionne sans faille depuis 35 ans. Les modèles récents n’ont pas cette réputation de longévité. De plus, l’énergie grise nécessaire à la fabrication de cet appareil est largement amortie après toutes ces années, alors que la fabrication d’un nouveau congélateur impliquerait à nouveau ce coût environnemental. On va donc conseiller de profiter de ce vieux congélateur tant qu’il tient, tout en gardant en tête que le remplacer serait financièrement pertinent si une panne se présentait.
Conseils pour l’autoconsommation photovoltaïque
La puissance du compresseur, autour de 144 W en fonctionnement, est parfaitement compatible avec une installation photovoltaïque domestique standard de 3 kWc. Le congélateur ne consommerait qu’une petite fraction de la production solaire, même en hiver.
Cependant, un congélateur fonctionne 24 heures sur 24, y compris la nuit. Environ la moitié des cycles de fonctionnement du compresseur ont lieu en dehors des heures d’ensoleillement, et il n’est évidemment pas possible de décaler ces cycles : le thermostat déclenche le compresseur lorsque la température l’exige.
En pratique, une installation photovoltaïque couvrira naturellement une partie de la consommation du congélateur pendant la journée, sans qu’il soit nécessaire de faire quoi que ce soit.
Pour aller plus loin
Pour comprendre de façon plus détaillée la consommation de ce congélateur, on pourrait :
- mesurer l’impact de l’ouverture de la porte sur la consommation, en comparant un profil sur une journée avec et sans ouvertures fréquentes ;
- mesurer l’impact de la température ambiante en comparant un profil en hiver et un profil en plein été, car le compresseur devrait tourner plus longtemps lorsqu’il fait chaud ;
- tester le mode de congélation rapide (voyant orange) pour mesurer la surconsommation lorsque le compresseur tourne en permanence ;
- mesurer l’impact du givre sur la consommation en comparant les profils juste après un dégivrage et après plusieurs mois sans dégivrage ;
- comparer l’efficacité d’un congélateur armoire avec un congélateur coffre de volume similaire : un congélateur coffre devrait logiquement être avantagé lors des ouvertures, car la chaleur monte et une ouverture par le dessus cause donc moins de perte de froid qu’une ouverture frontale ;
- comparer avec un congélateur armoire récent de volume similaire pour quantifier précisément les progrès d’efficacité énergétique en 35 ans.
