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Combien consomme faire bouillir un litre d'eau ?

— 12 minutes de lecture

On m’a demandé un jour : « Tu crois que ça consomme plus de faire bouillir de l’eau avec une bouilloire puis de la mettre dans une casserole, ou il vaudrait mieux faire bouillir dans la casserole direct ? » N’ayant pas la réponse, j’ai décidé de mesurer les différentes façons de porter un litre d’eau à ébullition. Alors, laquelle consomme le moins ?

En résumé

Le matériel

Pour comparer les méthodes à quantité égale, j’ai chauffé à chaque essai un litre d’eau, mesuré avec le même verre doseur (deux fois un demi-litre). J’ai testé quatre appareils : une bouilloire électrique, une plaque de cuisson électrique en fonte, une plaque vitro-céramique et une plaque à induction. Une grande partie des mesures a été faite le soir en extérieur, car la campagne de tests s’est déroulée en pleine canicule. Lorsqu’un même appareil ou récipient servait à plusieurs essais, j’ai attendu qu’il revienne à la température ambiante, d’environ 29 °C, avant de recommencer.

Méthode de mesure

Les trois premiers appareils se branchent sur une prise : ils ont été mesurés avec une prise connectée. La plaque à induction n’a pas de prise et est raccordée directement au réseau : sa consommation a été relevée au tableau électrique.

Un litre d’eau porté à ébullition, chauffé de quatre façons différentes

Consommation

La bouilloire électrique

La bouilloire testée est une Casino WK8282, branchée ici sur une multiprise avec la prise de mesure :

La bouilloire électrique branchée sur la multiprise avec la prise de mesure connectée

Sous la base, on aperçoit l’étiquette signalétique :

Le dessous de la base de la bouilloire

Cette étiquette annonce une puissance de 1850 à 2200 W en 220-240 V :

L’étiquette signalétique de la bouilloire : Casino WK8282, 220-240V, 1850-2200W

Pour un litre, la bouilloire consomme 107 Wh (0,027 €) et s’arrête toute seule au bout d’un peu plus de trois minutes (3min10s) :

Bouilloire électrique — 1L

Consommation107 Wh — 0,027 €
Durée3min10s
Puissancemédianemoyennemaximale
2,06 kW2,02 kW2,08 kW

Le profil est net : une montée quasi immédiate à pleine puissance, un plateau bien stable autour de 2,06 kW (médiane), bien dans la plage de 1850 à 2200 W annoncée sur l’étiquette, puis une coupure quand le thermostat détecte l’ébullition. Rien à voir avec les plaques que l’on verra ensuite : toute l’énergie part directement dans la résistance immergée, au contact de l’eau. C’est le même comportement que celui observé sur la bouilloire électrique déjà testée ici.

J’ai aussi voulu vérifier si la consommation était proportionnelle à la quantité d’eau, en ne chauffant qu’un demi-litre :

Bouilloire électrique — 0,5L

Consommation61,6 Wh — 0,015 €
Durée1min50s
Puissancemédianemoyennemaximale
2,07 kW2,01 kW2,12 kW

Un demi-litre consomme 61,6 Wh (0,015 €), soit 58% de la consommation d’un litre : c’est plus que la moitié. La chauffe n’est donc pas tout à fait proportionnelle. Une partie de l’énergie sert à réchauffer la résistance et le corps de l’appareil, un coût à peu près fixe quelle que soit la quantité d’eau, qui pèse relativement plus lourd sur une petite quantité.

La plaque de cuisson en fonte

Vient ensuite une petite plaque électrique à un feu, une PROLINE RP 100, dont la surface de chauffe est en fonte :

La plaque de cuisson électrique PROLINE, avec sa surface chauffante en fonte

Le dessous porte l’étiquette signalétique et quatre pieds qui surélèvent l’appareil pour laisser l’air circuler par les ouïes de ventilation visibles sur la photo :

Le dessous de la plaque en fonte

Celle-ci indique 1000 W (1090 W en 240 V) :

L’étiquette de la plaque en fonte : PROLINE RP 100, 1000W (1090W en 240V)

Un voyant rouge sur la face avant s’allume quand la plaque chauffe :

Le voyant rouge allumé et le bouton de réglage de la plaque en fonte

En testant le bouton, j’ai constaté que c’est simplement un thermostat mécanique : on entend une lame métallique claquer à l’intérieur. J’ai posé la casserole d’un litre d’eau dessus, bouton au maximum :

La casserole d’eau posée sur la plaque en fonte

Les premières bulles apparaissent au fond de la casserole :

Les premières bulles se forment au fond de la casserole

Puis l’eau finit par bouillir franchement :

L’eau bout franchement dans la casserole sur la plaque en fonte

Il aura fallu attendre plus de seize minutes (16min17s) pour en arriver là, et consommer 283 Wh (0,071 €) :

Plaque en fonte

Consommation283 Wh — 0,071 €
Durée16min17s
Puissancemédianemoyennemaximale
1,04 kW1,04 kW1,08 kW

C’est de loin la chauffe la plus longue et la plus gourmande de tout le comparatif : 164% de plus que la bouilloire pour le même litre d’eau. Le profil est un long plateau bien plat autour de 1,04 kW, entre les 1000 W et 1090 W annoncés sur l’étiquette : la plaque tire une puissance modeste et régulière, mais pendant si longtemps que l’énergie totale s’envole. Une bonne partie de la chaleur est perdue : la plaque en fonte chauffe l’air ambiant autant que la casserole, et le contact entre les deux n’est pas parfait.

La plaque vitro-céramique

Troisième méthode, une table vitro-céramique à deux foyers, une IKEA FRAMTID HGC2K :

La plaque vitro-céramique IKEA à deux foyers, avec la casserole sur le foyer de gauche

Prévue pour être encastrée dans un plan de travail, elle n’a pas de pieds contrairement à la plaque en fonte. Le dessous laisse voir le châssis métallique nu, les deux foyers et le câble d’alimentation :

Le dessous de la plaque vitro-céramique

L’étiquette annonce une puissance maximale de 2,9 kW pour l’ensemble des deux foyers, en 230 V :

L’étiquette de la plaque vitro-céramique : IKEA FRAMTID HGC2K, 2,9 kW max, 230V

Aucune indication de puissance ne figurait sur les boutons. J’ai donc d’abord cherché un peu au hasard la position qui chauffait au maximum, en observant à chaque essai si le foyer s’allumait et quelle consommation cela produisait. Sous la casserole, le foyer devient rouge vif une fois lancé :

Le foyer de la plaque vitro-céramique rouge vif sous la casserole

Une fois la bonne position trouvée, l’eau finit par bouillir :

L’eau bout dans la casserole sur la plaque vitro-céramique

La chauffe a duré un peu moins de dix minutes (9min45s) et consommé 214 Wh (0,054 €) : 100% de plus que la bouilloire, mais tout de même 24% de moins que la plaque en fonte. Son profil est le plus mouvementé du comparatif :

Plaque vitro-céramique

Consommation214 Wh — 0,054 €
Durée9min45s
Puissancemédianemoyennemaximale
1,82 kW1,31 kW1,95 kW

On y lit trois phases. Les premières secondes agitées correspondent à ma recherche à tâtons de la bonne position du bouton. Vient ensuite une phase d’environ 2 min 40 à pleine puissance, autour de 1,82 kW. Puis la plaque se met à alterner entre pleine puissance et une puissance plus faible, aux alentours de 540 W : à chaque changement, on entendait un thermostat mécanique claquer. C’est peut-être une sécurité thermique interne à la plaque, mais c’est étonnant qu’elle se déclenche avant même l’ébullition, car ce cyclage ralentit nettement la chauffe. Une fois l’eau bouillante, la plaque est restée chaude très longtemps, un signe des pertes accumulées dans la masse de la table.

La plaque à induction

Dernière méthode, une plaque à induction, la même que celle utilisée pour la cuisson d’artichauts à la cocotte-minute. Contrairement aux autres, elle ne chauffe pas une résistance mais crée un champ magnétique qui fait chauffer directement le fond de la casserole. J’ai d’abord fait bouillir un litre sans couvercle :

La casserole sans couvercle sur la plaque à induction, réglée au maximum

L’eau atteint l’ébullition en 3 min 55, pour 113 Wh (0,028 €) :

Induction — sans couvercle

Consommation113 Wh — 0,028 €
Durée4min1s
Puissancemédianemoyennemaximale
1,74 kW1,68 kW1,84 kW

Le profil est un plateau franc à pleine puissance, autour de 1,74 kW (médiane), avec quelques petites variations en dents de scie en début et en fin de chauffe. La toute fin du profil ne correspond plus à la chauffe mais à la ventilation de la plaque, qui continue de tourner un moment.

La plaque à induction, avec un couvercle

Un couvercle limite les pertes de chaleur par évaporation. Aide-t-il vraiment ? J’ai laissé le tout refroidir, puis refait bouillir un litre, cette fois couvercle en place :

La casserole avec son couvercle en verre sur la plaque à induction

Le résultat est presque identique : 107 Wh (0,027 €), et l’eau bout en 3 min 40, à peine moins vite :

Induction — avec couvercle

Consommation107 Wh — 0,027 €
Durée4min3s
Puissancemédianemoyennemaximale
1,74 kW1,58 kW1,82 kW

Le couvercle ne fait gagner que 6 Wh, soit 5% de la consommation sans couvercle. Pour une simple montée en ébullition, il n’aide donc quasiment pas : le gain viendrait plutôt d’une cuisson maintenue longtemps à température, où il évite à la chaleur de s’échapper avec la vapeur.

Quelle méthode consomme le moins ?

En rassemblant les six mesures pour un même litre d’eau, le classement est net :

  1. Bouilloire électrique : 107 Wh (0,027 €) en 3min10s ;
  2. Induction, avec couvercle : 107 Wh (0,027 €) en 3 min 40, ou sans couvercle : 113 Wh (0,028 €) en 3 min 55 ;
  3. Plaque vitro-céramique : 214 Wh (0,054 €) en 9min45s ;
  4. Plaque en fonte : 283 Wh (0,071 €) en 16min17s.

La bouilloire et l’induction sont pratiquement à égalité, aussi bien en énergie qu’en temps : dans les deux cas, la chaleur est produite directement dans l’eau ou au fond de la casserole, avec très peu de pertes. À l’autre bout, la plaque en fonte consomme 164% de plus pour le même résultat, et met plus de quatre fois plus longtemps.

Cela répond à la question de départ. Si l’on cuisine sur une plaque à induction, préchauffer l’eau à la bouilloire n’apporte quasiment rien : c’est peut-être un tout petit peu plus rapide, mais la consommation est la même. En revanche, sur tout autre type de plaque (en fonte ou vitro-céramique), passer par la bouilloire est une nette économie d’énergie.

Coût d’usage

Pris isolément, faire bouillir un seul litre d’eau coûte peu : 107 Wh (0,027 €) à la bouilloire ou à l’induction, 283 Wh (0,071 €) sur la plaque en fonte. Au tarif actuel de l’électricité, un euro permet de faire bouillir 37 litres à la bouilloire.

C’est à l’échelle d’une habitude quotidienne que l’écart entre les méthodes devient visible. Si l’on suppose que l’on fait bouillir un litre d’eau deux fois par jour — un thé le matin, des pâtes ou un bouillon le soir — la bouilloire ou l’induction reviennent à 78,2 kWh (19,67 €) sur l’année, contre 207 kWh (52,01 €) pour la plaque en fonte. L’écart, 129 kWh (32,35 €) par an, correspond entièrement à l’énergie gaspillée par la mauvaise méthode : c’est le prix que l’on paie pour chauffer l’air de la cuisine et une lourde plaque en fonte plutôt que l’eau elle-même.

Choisir la bouilloire ou l’induction plutôt qu’une plaque classique divise par plus de deux le coût d’un geste que l’on répète tous les jours : sur l’année, l’écart de 129 kWh (32,35 €) n’a rien de négligeable pour un réflexe qui ne coûte rien à adopter.

Conseils pour l’autoconsommation photovoltaïque

Faire bouillir de l’eau est un appel de puissance bref mais élevé, déclenché à la demande : entre 1,04 kW pour la plaque en fonte et 2,06 kW pour la bouilloire, le tout sur trois à seize minutes seulement. Ces puissances restent dans les capacités d’une installation en toiture standard de 3 kWc, qui produira largement de quoi les couvrir en milieu de journée bien ensoleillée. La bouilloire, plus puissante, mange une plus grosse part de la production instantanée mais pendant trois minutes à peine ; la plaque en fonte tire moins fort, mais si longtemps qu’elle laisse plus de marge d’erreur sur l’ensoleillement.

Le vrai obstacle n’est pas la puissance, mais le moment : on met l’eau à bouillir quand on a faim ou soif, pas quand le soleil est au zénith. L’ajustement à la production solaire est donc forcément partiel. Quelques réflexes aident tout de même :

Un panneau à brancher de quelques centaines de watts, lui, ne suffit pas : même la plaque en fonte à 1,04 kW dépasse largement ce qu’un tel kit fournit, et il faudrait le compléter par du réseau à chaque chauffe.

Cela dit, avec un coût de 107 Wh (0,027 €) le litre à la bouilloire ou à l’induction, l’enjeu économique par chauffe reste faible : mieux vaut ne pas se contraindre outre mesure pour ce seul usage. L’intérêt est surtout de prendre le réflexe, quand c’est possible sans effort, de faire chauffer son eau au moment où l’électricité vient du toit plutôt que du réseau.

Pour aller plus loin

Pour compléter ce comparatif de la chauffe de l’eau, on pourrait :

Image représentant un vieux vidéoprojecteur
Combien consomme un vieux vidéoprojecteur ?