Combien consomme faire bouillir un litre d'eau ?
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On m’a demandé un jour : « Tu crois que ça consomme plus de faire bouillir de l’eau avec une bouilloire puis de la mettre dans une casserole, ou il vaudrait mieux faire bouillir dans la casserole direct ? » N’ayant pas la réponse, j’ai décidé de mesurer les différentes façons de porter un litre d’eau à ébullition. Alors, laquelle consomme le moins ?
En résumé
- En faisant bouillir un litre d’eau deux fois par jour pendant un an, la bouilloire ou l’induction reviennent à 78,2 kWh (19,67 €), contre 207 kWh (52,01 €) pour la plaque en fonte.
- La bouilloire et l’induction sont à égalité et bien plus efficaces que les plaques classiques : 107 Wh (0,027 €) le litre, contre 214 Wh (0,054 €) pour la vitro-céramique et 283 Wh (0,071 €) pour la plaque en fonte.
- Un couvercle sur l’induction ne fait gagner que 6 Wh, soit 5% de la consommation, sur la simple montée en ébullition.
- Si l’on cuisine à l’induction, préchauffer l’eau à la bouilloire n’apporte quasiment rien ; sur toute autre plaque, c’est en revanche une nette économie.
Le matériel
Pour comparer les méthodes à quantité égale, j’ai chauffé à chaque essai un litre d’eau, mesuré avec le même verre doseur (deux fois un demi-litre). J’ai testé quatre appareils : une bouilloire électrique, une plaque de cuisson électrique en fonte, une plaque vitro-céramique et une plaque à induction. Une grande partie des mesures a été faite le soir en extérieur, car la campagne de tests s’est déroulée en pleine canicule. Lorsqu’un même appareil ou récipient servait à plusieurs essais, j’ai attendu qu’il revienne à la température ambiante, d’environ 29 °C, avant de recommencer.
Méthode de mesure
Les trois premiers appareils se branchent sur une prise : ils ont été mesurés avec une prise connectée. La plaque à induction n’a pas de prise et est raccordée directement au réseau : sa consommation a été relevée au tableau électrique.

Consommation
La bouilloire électrique
La bouilloire testée est une Casino WK8282, branchée ici sur une multiprise avec la prise de mesure :

Sous la base, on aperçoit l’étiquette signalétique :

Cette étiquette annonce une puissance de 1850 à 2200 W en 220-240 V :

Pour un litre, la bouilloire consomme 107 Wh (0,027 €) et s’arrête toute seule au bout d’un peu plus de trois minutes (3min10s) :
| Consommation | 107 Wh — 0,027 € |
|---|---|
| Durée | 3min10s |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 2,06 kW | 2,02 kW | 2,08 kW |
Le profil est net : une montée quasi immédiate à pleine puissance, un plateau bien stable autour de 2,06 kW (médiane), bien dans la plage de 1850 à 2200 W annoncée sur l’étiquette, puis une coupure quand le thermostat détecte l’ébullition. Rien à voir avec les plaques que l’on verra ensuite : toute l’énergie part directement dans la résistance immergée, au contact de l’eau. C’est le même comportement que celui observé sur la bouilloire électrique déjà testée ici.
J’ai aussi voulu vérifier si la consommation était proportionnelle à la quantité d’eau, en ne chauffant qu’un demi-litre :
| Consommation | 61,6 Wh — 0,015 € |
|---|---|
| Durée | 1min50s |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 2,07 kW | 2,01 kW | 2,12 kW |
Un demi-litre consomme 61,6 Wh (0,015 €), soit 58% de la consommation d’un litre : c’est plus que la moitié. La chauffe n’est donc pas tout à fait proportionnelle. Une partie de l’énergie sert à réchauffer la résistance et le corps de l’appareil, un coût à peu près fixe quelle que soit la quantité d’eau, qui pèse relativement plus lourd sur une petite quantité.
La plaque de cuisson en fonte
Vient ensuite une petite plaque électrique à un feu, une PROLINE RP 100, dont la surface de chauffe est en fonte :

Le dessous porte l’étiquette signalétique et quatre pieds qui surélèvent l’appareil pour laisser l’air circuler par les ouïes de ventilation visibles sur la photo :

Celle-ci indique 1000 W (1090 W en 240 V) :

Un voyant rouge sur la face avant s’allume quand la plaque chauffe :

En testant le bouton, j’ai constaté que c’est simplement un thermostat mécanique : on entend une lame métallique claquer à l’intérieur. J’ai posé la casserole d’un litre d’eau dessus, bouton au maximum :

Les premières bulles apparaissent au fond de la casserole :

Puis l’eau finit par bouillir franchement :

Il aura fallu attendre plus de seize minutes (16min17s) pour en arriver là, et consommer 283 Wh (0,071 €) :
| Consommation | 283 Wh — 0,071 € |
|---|---|
| Durée | 16min17s |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 1,04 kW | 1,04 kW | 1,08 kW |
C’est de loin la chauffe la plus longue et la plus gourmande de tout le comparatif : 164% de plus que la bouilloire pour le même litre d’eau. Le profil est un long plateau bien plat autour de 1,04 kW, entre les 1000 W et 1090 W annoncés sur l’étiquette : la plaque tire une puissance modeste et régulière, mais pendant si longtemps que l’énergie totale s’envole. Une bonne partie de la chaleur est perdue : la plaque en fonte chauffe l’air ambiant autant que la casserole, et le contact entre les deux n’est pas parfait.
La plaque vitro-céramique
Troisième méthode, une table vitro-céramique à deux foyers, une IKEA FRAMTID HGC2K :

Prévue pour être encastrée dans un plan de travail, elle n’a pas de pieds contrairement à la plaque en fonte. Le dessous laisse voir le châssis métallique nu, les deux foyers et le câble d’alimentation :

L’étiquette annonce une puissance maximale de 2,9 kW pour l’ensemble des deux foyers, en 230 V :

Aucune indication de puissance ne figurait sur les boutons. J’ai donc d’abord cherché un peu au hasard la position qui chauffait au maximum, en observant à chaque essai si le foyer s’allumait et quelle consommation cela produisait. Sous la casserole, le foyer devient rouge vif une fois lancé :

Une fois la bonne position trouvée, l’eau finit par bouillir :

La chauffe a duré un peu moins de dix minutes (9min45s) et consommé 214 Wh (0,054 €) : 100% de plus que la bouilloire, mais tout de même 24% de moins que la plaque en fonte. Son profil est le plus mouvementé du comparatif :
| Consommation | 214 Wh — 0,054 € |
|---|---|
| Durée | 9min45s |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 1,82 kW | 1,31 kW | 1,95 kW |
On y lit trois phases. Les premières secondes agitées correspondent à ma recherche à tâtons de la bonne position du bouton. Vient ensuite une phase d’environ 2 min 40 à pleine puissance, autour de 1,82 kW. Puis la plaque se met à alterner entre pleine puissance et une puissance plus faible, aux alentours de 540 W : à chaque changement, on entendait un thermostat mécanique claquer. C’est peut-être une sécurité thermique interne à la plaque, mais c’est étonnant qu’elle se déclenche avant même l’ébullition, car ce cyclage ralentit nettement la chauffe. Une fois l’eau bouillante, la plaque est restée chaude très longtemps, un signe des pertes accumulées dans la masse de la table.
La plaque à induction
Dernière méthode, une plaque à induction, la même que celle utilisée pour la cuisson d’artichauts à la cocotte-minute. Contrairement aux autres, elle ne chauffe pas une résistance mais crée un champ magnétique qui fait chauffer directement le fond de la casserole. J’ai d’abord fait bouillir un litre sans couvercle :

L’eau atteint l’ébullition en 3 min 55, pour 113 Wh (0,028 €) :
| Consommation | 113 Wh — 0,028 € |
|---|---|
| Durée | 4min1s |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 1,74 kW | 1,68 kW | 1,84 kW |
Le profil est un plateau franc à pleine puissance, autour de 1,74 kW (médiane), avec quelques petites variations en dents de scie en début et en fin de chauffe. La toute fin du profil ne correspond plus à la chauffe mais à la ventilation de la plaque, qui continue de tourner un moment.
La plaque à induction, avec un couvercle
Un couvercle limite les pertes de chaleur par évaporation. Aide-t-il vraiment ? J’ai laissé le tout refroidir, puis refait bouillir un litre, cette fois couvercle en place :

Le résultat est presque identique : 107 Wh (0,027 €), et l’eau bout en 3 min 40, à peine moins vite :
| Consommation | 107 Wh — 0,027 € |
|---|---|
| Durée | 4min3s |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 1,74 kW | 1,58 kW | 1,82 kW |
Le couvercle ne fait gagner que 6 Wh, soit 5% de la consommation sans couvercle. Pour une simple montée en ébullition, il n’aide donc quasiment pas : le gain viendrait plutôt d’une cuisson maintenue longtemps à température, où il évite à la chaleur de s’échapper avec la vapeur.
Quelle méthode consomme le moins ?
En rassemblant les six mesures pour un même litre d’eau, le classement est net :
- Bouilloire électrique : 107 Wh (0,027 €) en 3min10s ;
- Induction, avec couvercle : 107 Wh (0,027 €) en 3 min 40, ou sans couvercle : 113 Wh (0,028 €) en 3 min 55 ;
- Plaque vitro-céramique : 214 Wh (0,054 €) en 9min45s ;
- Plaque en fonte : 283 Wh (0,071 €) en 16min17s.
La bouilloire et l’induction sont pratiquement à égalité, aussi bien en énergie qu’en temps : dans les deux cas, la chaleur est produite directement dans l’eau ou au fond de la casserole, avec très peu de pertes. À l’autre bout, la plaque en fonte consomme 164% de plus pour le même résultat, et met plus de quatre fois plus longtemps.
Cela répond à la question de départ. Si l’on cuisine sur une plaque à induction, préchauffer l’eau à la bouilloire n’apporte quasiment rien : c’est peut-être un tout petit peu plus rapide, mais la consommation est la même. En revanche, sur tout autre type de plaque (en fonte ou vitro-céramique), passer par la bouilloire est une nette économie d’énergie.
Coût d’usage
Pris isolément, faire bouillir un seul litre d’eau coûte peu : 107 Wh (0,027 €) à la bouilloire ou à l’induction, 283 Wh (0,071 €) sur la plaque en fonte. Au tarif actuel de l’électricité, un euro permet de faire bouillir 37 litres à la bouilloire.
C’est à l’échelle d’une habitude quotidienne que l’écart entre les méthodes devient visible. Si l’on suppose que l’on fait bouillir un litre d’eau deux fois par jour — un thé le matin, des pâtes ou un bouillon le soir — la bouilloire ou l’induction reviennent à 78,2 kWh (19,67 €) sur l’année, contre 207 kWh (52,01 €) pour la plaque en fonte. L’écart, 129 kWh (32,35 €) par an, correspond entièrement à l’énergie gaspillée par la mauvaise méthode : c’est le prix que l’on paie pour chauffer l’air de la cuisine et une lourde plaque en fonte plutôt que l’eau elle-même.
Choisir la bouilloire ou l’induction plutôt qu’une plaque classique divise par plus de deux le coût d’un geste que l’on répète tous les jours : sur l’année, l’écart de 129 kWh (32,35 €) n’a rien de négligeable pour un réflexe qui ne coûte rien à adopter.
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Faire bouillir de l’eau est un appel de puissance bref mais élevé, déclenché à la demande : entre 1,04 kW pour la plaque en fonte et 2,06 kW pour la bouilloire, le tout sur trois à seize minutes seulement. Ces puissances restent dans les capacités d’une installation en toiture standard de 3 kWc, qui produira largement de quoi les couvrir en milieu de journée bien ensoleillée. La bouilloire, plus puissante, mange une plus grosse part de la production instantanée mais pendant trois minutes à peine ; la plaque en fonte tire moins fort, mais si longtemps qu’elle laisse plus de marge d’erreur sur l’ensoleillement.
Le vrai obstacle n’est pas la puissance, mais le moment : on met l’eau à bouillir quand on a faim ou soif, pas quand le soleil est au zénith. L’ajustement à la production solaire est donc forcément partiel. Quelques réflexes aident tout de même :
- garder pour le milieu de journée les usages que l’on peut décaler — un thé de l’après-midi, un bouillon cuisiné au déjeuner — plutôt que le matin tôt ou le soir, où les panneaux ne donnent rien ;
- profiter de la brièveté de la chauffe pour la caler dans une éclaircie, sans avoir à surveiller la météo sur une longue durée ;
- éviter de lancer la chauffe en même temps qu’un gros consommateur comme un lave-linge ou un sèche-linge, pour ne pas dépasser d’un coup la production disponible.
Un panneau à brancher de quelques centaines de watts, lui, ne suffit pas : même la plaque en fonte à 1,04 kW dépasse largement ce qu’un tel kit fournit, et il faudrait le compléter par du réseau à chaque chauffe.
Cela dit, avec un coût de 107 Wh (0,027 €) le litre à la bouilloire ou à l’induction, l’enjeu économique par chauffe reste faible : mieux vaut ne pas se contraindre outre mesure pour ce seul usage. L’intérêt est surtout de prendre le réflexe, quand c’est possible sans effort, de faire chauffer son eau au moment où l’électricité vient du toit plutôt que du réseau.
Pour aller plus loin
Pour compléter ce comparatif de la chauffe de l’eau, on pourrait :
- mesurer l’énergie nécessaire pour maintenir le litre d’eau à frémissement pendant dix minutes une fois l’ébullition atteinte, avec puis sans couvercle, pour voir si le couvercle devient enfin utile là où il ne l’était pas à la simple montée en température ;
- refaire les mesures sur la plaque en fonte et la vitro-céramique avec un couvercle sur la casserole, pour chiffrer le gain d’un couvercle sur les méthodes lentes qui perdent beaucoup de chaleur dans l’air ambiant ;
- comparer, sur la plaque à induction et sur la plaque en fonte, une petite casserole d’un litre à une grande casserole plus large que le foyer, afin d’isoler l’effet de la surface de contact et du débordement de chaleur autour du récipient ;
- mesurer l’écart de consommation entre de l’eau du robinet en hiver (autour de 10°C) et en été, les tests ayant justement eu lieu en pleine canicule ;
- reprendre la plaque vitro-céramique en la surélevant au lieu de la poser au sol, pour améliorer la ventilation par le dessous, et en refaisant le test à une température ambiante plus basse : ces plaques sont sans doute prévues pour un environnement autour de 20°C, et à 29°C l’air ambiant ne les refroidit peut-être plus assez, si bien qu’elles surchauffent et déclenchent le cyclage du thermostat observé avant l’ébullition.
