Combien consomme la cuisson d'artichauts à la cocotte-minute ?
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Cinq artichauts, une cocotte-minute et une plaque à induction : la cuisson à la vapeur sous pression a la réputation d’être économe. Mais combien consomme-t-elle vraiment, et où part l’énergie ?
En résumé
- Une cuisson de légumes d’une petite demi-heure par semaine revient à 27,6 kWh (6,95 €) sur l’année.
- Cuire cinq artichauts coûte 531 Wh (0,13 €) d’électricité en 27 minutes : c’est négligeable comparé au prix des artichauts.
- La montée en pression (5 minutes à 2,32 kW) représente 37% de l’énergie pour 19% du temps : c’est le démarrage à froid qui coûte, pas la cuisson.
- Une fois en pression, 952 W suffisent à entretenir le jet de vapeur pendant les 20 minutes de cuisson.
Le matériel
Au menu : cinq artichauts de taille moyenne, que l’on va cuire à la vapeur sous pression dans un autocuiseur SEB Clipso de 4,5 litres, posé sur une table à induction IKEA HÖGKLASSIG. La cocotte ne consomme rien par elle-même : c’est un simple récipient qui retient la pression, et l’énergie mesurée est celle de la plaque.

Avant de les cuire, il faut retirer aux artichauts leur queue, encore présente sur cette photo :

Le couvercle de la cocotte porte la marque, le nom du modèle, la soupape à quatre positions (2, 1, décompression, 0) et le témoin de pression rouge :

Son fond, vu de dessous, indique une contenance de 4,5 L et une compatibilité induction (« DIFFUSAL — INDUCTION »), avec la mention « MADE IN FRANCE » :

L’étiquette de la plaque à induction annonce une puissance totale de 7,35 kW, répartie sur l’ensemble des foyers :

Méthode de mesure
La consommation a été enregistrée avec un module Shelly Pro EM-50 et une pince ampèremétrique placée sur la ligne de la plaque, le même montage que celui utilisé pour un sèche-linge : ce type d’enregistreur est bien adapté à un appareil aussi puissant qu’une plaque à induction.
Consommation
Voici le profil complet de la fournée, du moment où la plaque est allumée jusqu’à son extinction après les 20 minutes de cuisson :
| Consommation | 531 Wh — 0,13 € |
|---|---|
| Durée | 26min59s |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 953 W | 1,18 kW | 2,4 kW |
En 27 minutes, la cuisson a consommé 531 Wh (0,13 €). Le profil montre clairement deux plateaux : un premier plateau élevé pendant que la cocotte monte en pression, puis un plateau plus bas pendant la cuisson proprement dite, et enfin une chute à l’extinction vers une valeur proche de zéro, mais pas tout à fait nulle. Regardons ces trois phases l’une après l’autre.
La montée en pression
Les artichauts sont placés dans la cocotte avec un peu d’eau au fond, juste avant de démarrer :

Une fois la cocotte fermée, on lance la plaque à sa puissance maximale (« 9 ») pour porter l’eau à ébullition le plus vite possible. L’afficheur de la plaque indique bien le foyer réglé à 9 :

Au bout de quelques minutes, le témoin de pression rouge se soulève, signe que la pression monte à l’intérieur, mais aucune vapeur ne sort encore par la soupape :

La mise en pression est terminée lorsque la vapeur commence à s’échapper de la soupape :

Voici la consommation pendant cette mise en pression :
| Consommation | 199 Wh — 0,050 € |
|---|---|
| Durée | 5min10s |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 2,32 kW | 2,31 kW | 2,4 kW |
Pendant ces 5 minutes, la plaque tire 2,32 kW en continu (médiane), avec une pointe à 2,4 kW. C’est un plateau bien plat : à plein régime, l’induction délivre une puissance constante pour chauffer l’eau le plus vite possible. Les 7,35 kW affichés sur l’étiquette correspondent à la puissance totale de la table sur l’ensemble de ses foyers : un seul foyer au maximum n’en représente ici qu’environ un tiers. Cette phase consomme 199 Wh (0,050 €).
Les 20 minutes de cuisson
Une fois la vapeur établie, on baisse la puissance de la plaque pour garder juste assez de chaleur pour que le jet de vapeur continue, sans gaspiller en chauffant plus que nécessaire. La position « 7 » est le réglage le plus bas qui convienne : à « 6 », le jet de vapeur s’arrête au bout de quelques secondes, signe que la pression n’est plus entretenue. On lance alors une minuterie de 20 minutes.

Le jet de vapeur monte vers la hotte de cuisine, que nous avons donc allumée pour évacuer la vapeur pendant la cuisson :

Voici la consommation pendant ces 20 minutes :
20 minutes de cuisson sous pression
| Consommation | 333 Wh — 0,084 € |
|---|---|
| Durée | 20min57s |
| Puissance | médiane | moyenne | maximale |
|---|---|---|---|
| 952 W | 952 W | 984 W |
La plaque se stabilise à 952 W (médiane comme moyenne sont identiques, le plateau est très régulier), avec une pointe à seulement 984 W. Entretenir la pression coûte donc bien moins cher que de la créer : cette phase consomme 333 Wh (0,084 €).
La comparaison entre les deux phases est frappante : les 5 minutes de montée en pression pèsent 37% de l’énergie totale, alors qu’elles ne représentent que 19% du temps. Autrement dit, amener la cocotte en pression consomme plus de la moitié de l’énergie des 20 minutes de cuisson qui suivent (63% du total), pour quatre fois moins de temps. C’est le démarrage à froid qui pèse, pas la cuisson elle-même.
Après l’extinction
Quand la minuterie sonne, on coupe la plaque. La cuisson, elle, continue encore un peu : la cocotte reste chaude et sous pression plusieurs minutes, et l’on attend avant de la dépressuriser pour profiter de cette chaleur résiduelle plutôt que de la gaspiller. Côté plaque, en revanche, une fois éteinte, elle ne consomme presque plus rien, juste de quoi faire tourner son ventilateur de refroidissement pendant une petite minute :
Cette ventilation résiduelle dure une cinquantaine de secondes à un peu plus de 2 W, pour une consommation totale de 15,4 mWh : de quoi entendre le ventilateur, mais rien de plus. La toute première partie du profil affiche même des valeurs négatives, sans doute un effet de l’induction qui renvoie un peu de courant au moment de l’arrêt ; si on les exclut, le total monte à 29 mWh, soit presque le double, mais cela reste infime. Quoi qu’il en soit, à cette puissance, il faudrait que le ventilateur tourne en continu pendant de nombreuses heures pour dépenser un seul centime.
Coût d’usage
Cuire cinq artichauts coûte 531 Wh (0,13 €) d’électricité, soit 106 Wh (0,027 €) par artichaut. Il faudrait répéter la cuisson 7 fois pour dépenser un euro d’électricité : autant dire que le poste énergétique est négligeable comparé au prix des artichauts.
Les artichauts se mangent surtout au printemps et en été. En supposant une cuisson toutes les deux semaines pendant les six mois de pleine saison, soit une douzaine de fois dans l’année, l’électricité représenterait 6,37 kWh (1,60 €) sur l’année.
Cet autocuiseur ne sert d’ailleurs pas qu’aux artichauts : la soupe en hiver, par exemple. Une cuisson de légumes d’une petite demi-heure chaque semaine de l’année revient à 27,6 kWh (6,95 €). L’autocuiseur lui-même a été acheté d’occasion une dizaine d’euros au marché aux puces : à ce rythme hebdomadaire, il faudrait 1 an de cuissons pour dépenser en électricité l’équivalent de ce prix d’achat. Un autocuiseur neuf coûte plutôt près de 100 €, soit 14 ans d’électricité au même rythme : avant de les atteindre, ce sont sans doute les joints qui fatigueront, et il n’est pas toujours facile d’en retrouver pour un vieux modèle.
Conseils pour l’autoconsommation photovoltaïque
La cuisson est courte (27 minutes), mais comme les artichauts se mangent chauds, on les cuit juste avant de passer à table : l’heure de la cuisson est donc dictée par celle du repas. La meilleure façon de la faire coïncider avec la production solaire est alors de manger ses artichauts le midi plutôt que le soir, quand le soleil est à son maximum.
La difficulté tient à la puissance : pendant les 5 minutes de montée en pression, la plaque tire 2,32 kW, ce qui est élevé pour une installation photovoltaïque domestique. Une installation en toiture standard de 3 kWc produit assez en milieu de journée bien ensoleillée pour absorber cette pointe ; le reste de la cuisson, à 952 W, est nettement plus facile à couvrir.
Pour ne pas dépasser ce que les panneaux fournissent, mieux vaut éviter de lancer la montée en pression en même temps qu’un autre gros appareil. Dans la cuisine, c’est surtout le risque de cumuler les cuissons (le four, une autre plaque) ou de faire tourner le lave-vaisselle au même moment ; ailleurs dans la maison, un lave-linge ou un sèche-linge tirent eux aussi beaucoup d’un coup.
Cela dit, avec un coût électrique de 531 Wh (0,13 €) par cuisson, l’enjeu économique reste très faible. L’intérêt est surtout environnemental : cuire ses artichauts directement avec l’électricité du soleil plutôt qu’avec celle du réseau.
Pour aller plus loin
Pour comprendre de façon plus détaillée la consommation de cette cuisson d’artichauts, on pourrait :
- cuire cinq artichauts similaires à l’eau bouillante dans une casserole, sans pression, pour comparer l’énergie totale à celle de l’autocuiseur et chiffrer ce que fait gagner la cuisson sous pression ;
- refaire la même cuisson dans des autocuiseurs de tailles différentes : les 4,5 L utilisés ici sont parmi les plus petits, alors que les modèles de 6 L sont très répandus et certains montent jusqu’à 10 L, ce qui change la masse de métal et le volume à monter en pression ;
- refaire la cuisson avec un volume d’eau différent au fond de la cocotte, pour mesurer l’effet de l’eau à chauffer sur la phase de montée en pression ;
- comparer la montée en pression sur cette plaque à induction avec la même cocotte posée sur une plaque vitrocéramique ou un foyer gaz, dont le rendement est probablement très différent.
