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Combien consomme la cuisson d'artichauts à la cocotte-minute ?

— 8 minutes de lecture

Cinq artichauts, une cocotte-minute et une plaque à induction : la cuisson à la vapeur sous pression a la réputation d’être économe. Mais combien consomme-t-elle vraiment, et où part l’énergie ?

En résumé

Le matériel

Au menu : cinq artichauts de taille moyenne, que l’on va cuire à la vapeur sous pression dans un autocuiseur SEB Clipso de 4,5 litres, posé sur une table à induction IKEA HÖGKLASSIG. La cocotte ne consomme rien par elle-même : c’est un simple récipient qui retient la pression, et l’énergie mesurée est celle de la plaque.

Cinq artichauts dans une cocotte-minute posée sur une plaque à induction

Avant de les cuire, il faut retirer aux artichauts leur queue, encore présente sur cette photo :

Cinq artichauts crus, avec leur queue, sur le plan de travail

Le couvercle de la cocotte porte la marque, le nom du modèle, la soupape à quatre positions (2, 1, décompression, 0) et le témoin de pression rouge :

Le couvercle de la cocotte-minute SEB Clipso vu de dessus

Son fond, vu de dessous, indique une contenance de 4,5 L et une compatibilité induction (« DIFFUSAL — INDUCTION »), avec la mention « MADE IN FRANCE » :

Le fond de la cocotte, zoom sur les indications SEB DIFFUSAL 4,5 L

L’étiquette de la plaque à induction annonce une puissance totale de 7,35 kW, répartie sur l’ensemble des foyers :

Étiquette signalétique de la plaque à induction IKEA HÖGKLASSIG

Méthode de mesure

La consommation a été enregistrée avec un module Shelly Pro EM-50 et une pince ampèremétrique placée sur la ligne de la plaque, le même montage que celui utilisé pour un sèche-linge : ce type d’enregistreur est bien adapté à un appareil aussi puissant qu’une plaque à induction.

Consommation

Voici le profil complet de la fournée, du moment où la plaque est allumée jusqu’à son extinction après les 20 minutes de cuisson :

Cuisson complète

Consommation531 Wh — 0,13 €
Durée26min59s
Puissancemédianemoyennemaximale
953 W1,18 kW2,4 kW

En 27 minutes, la cuisson a consommé 531 Wh (0,13 €). Le profil montre clairement deux plateaux : un premier plateau élevé pendant que la cocotte monte en pression, puis un plateau plus bas pendant la cuisson proprement dite, et enfin une chute à l’extinction vers une valeur proche de zéro, mais pas tout à fait nulle. Regardons ces trois phases l’une après l’autre.

La montée en pression

Les artichauts sont placés dans la cocotte avec un peu d’eau au fond, juste avant de démarrer :

Les cinq artichauts dans la cocotte avec un peu d’eau, prêts à cuire

Une fois la cocotte fermée, on lance la plaque à sa puissance maximale (« 9 ») pour porter l’eau à ébullition le plus vite possible. L’afficheur de la plaque indique bien le foyer réglé à 9 :

La cocotte fermée sur la plaque, dont l’afficheur indique la puissance 9

Au bout de quelques minutes, le témoin de pression rouge se soulève, signe que la pression monte à l’intérieur, mais aucune vapeur ne sort encore par la soupape :

Le témoin de pression rouge soulevé sur le couvercle de la cocotte

La mise en pression est terminée lorsque la vapeur commence à s’échapper de la soupape :

De la vapeur s’échappe de la soupape de la cocotte en pression

Voici la consommation pendant cette mise en pression :

Montée en pression

Consommation199 Wh — 0,050 €
Durée5min10s
Puissancemédianemoyennemaximale
2,32 kW2,31 kW2,4 kW

Pendant ces 5 minutes, la plaque tire 2,32 kW en continu (médiane), avec une pointe à 2,4 kW. C’est un plateau bien plat : à plein régime, l’induction délivre une puissance constante pour chauffer l’eau le plus vite possible. Les 7,35 kW affichés sur l’étiquette correspondent à la puissance totale de la table sur l’ensemble de ses foyers : un seul foyer au maximum n’en représente ici qu’environ un tiers. Cette phase consomme 199 Wh (0,050 €).

Les 20 minutes de cuisson

Une fois la vapeur établie, on baisse la puissance de la plaque pour garder juste assez de chaleur pour que le jet de vapeur continue, sans gaspiller en chauffant plus que nécessaire. La position « 7 » est le réglage le plus bas qui convienne : à « 6 », le jet de vapeur s’arrête au bout de quelques secondes, signe que la pression n’est plus entretenue. On lance alors une minuterie de 20 minutes.

La cocotte en pression sur la plaque réglée à la puissance 7

Le jet de vapeur monte vers la hotte de cuisine, que nous avons donc allumée pour évacuer la vapeur pendant la cuisson :

Le jet de vapeur de la cocotte qui monte vers la hotte de cuisine allumée

Voici la consommation pendant ces 20 minutes :

20 minutes de cuisson sous pression

Consommation333 Wh — 0,084 €
Durée20min57s
Puissancemédianemoyennemaximale
952 W952 W984 W

La plaque se stabilise à 952 W (médiane comme moyenne sont identiques, le plateau est très régulier), avec une pointe à seulement 984 W. Entretenir la pression coûte donc bien moins cher que de la créer : cette phase consomme 333 Wh (0,084 €).

La comparaison entre les deux phases est frappante : les 5 minutes de montée en pression pèsent 37% de l’énergie totale, alors qu’elles ne représentent que 19% du temps. Autrement dit, amener la cocotte en pression consomme plus de la moitié de l’énergie des 20 minutes de cuisson qui suivent (63% du total), pour quatre fois moins de temps. C’est le démarrage à froid qui pèse, pas la cuisson elle-même.

Après l’extinction

Quand la minuterie sonne, on coupe la plaque. La cuisson, elle, continue encore un peu : la cocotte reste chaude et sous pression plusieurs minutes, et l’on attend avant de la dépressuriser pour profiter de cette chaleur résiduelle plutôt que de la gaspiller. Côté plaque, en revanche, une fois éteinte, elle ne consomme presque plus rien, juste de quoi faire tourner son ventilateur de refroidissement pendant une petite minute :

Ventilation

Consommation15,4 mWh — < 0,001 €
Durée51s
Puissancemédianemoyennemaximale
2,2 W1,09 W2,6 W

Cette ventilation résiduelle dure une cinquantaine de secondes à un peu plus de 2 W, pour une consommation totale de 15,4 mWh : de quoi entendre le ventilateur, mais rien de plus. La toute première partie du profil affiche même des valeurs négatives, sans doute un effet de l’induction qui renvoie un peu de courant au moment de l’arrêt ; si on les exclut, le total monte à 29 mWh, soit presque le double, mais cela reste infime. Quoi qu’il en soit, à cette puissance, il faudrait que le ventilateur tourne en continu pendant de nombreuses heures pour dépenser un seul centime.

Coût d’usage

Cuire cinq artichauts coûte 531 Wh (0,13 €) d’électricité, soit 106 Wh (0,027 €) par artichaut. Il faudrait répéter la cuisson 7 fois pour dépenser un euro d’électricité : autant dire que le poste énergétique est négligeable comparé au prix des artichauts.

Les artichauts se mangent surtout au printemps et en été. En supposant une cuisson toutes les deux semaines pendant les six mois de pleine saison, soit une douzaine de fois dans l’année, l’électricité représenterait 6,37 kWh (1,60 €) sur l’année.

Cet autocuiseur ne sert d’ailleurs pas qu’aux artichauts : la soupe en hiver, par exemple. Une cuisson de légumes d’une petite demi-heure chaque semaine de l’année revient à 27,6 kWh (6,95 €). L’autocuiseur lui-même a été acheté d’occasion une dizaine d’euros au marché aux puces : à ce rythme hebdomadaire, il faudrait 1 an de cuissons pour dépenser en électricité l’équivalent de ce prix d’achat. Un autocuiseur neuf coûte plutôt près de 100 €, soit 14 ans d’électricité au même rythme : avant de les atteindre, ce sont sans doute les joints qui fatigueront, et il n’est pas toujours facile d’en retrouver pour un vieux modèle.

Conseils pour l’autoconsommation photovoltaïque

La cuisson est courte (27 minutes), mais comme les artichauts se mangent chauds, on les cuit juste avant de passer à table : l’heure de la cuisson est donc dictée par celle du repas. La meilleure façon de la faire coïncider avec la production solaire est alors de manger ses artichauts le midi plutôt que le soir, quand le soleil est à son maximum.

La difficulté tient à la puissance : pendant les 5 minutes de montée en pression, la plaque tire 2,32 kW, ce qui est élevé pour une installation photovoltaïque domestique. Une installation en toiture standard de 3 kWc produit assez en milieu de journée bien ensoleillée pour absorber cette pointe ; le reste de la cuisson, à 952 W, est nettement plus facile à couvrir.

Pour ne pas dépasser ce que les panneaux fournissent, mieux vaut éviter de lancer la montée en pression en même temps qu’un autre gros appareil. Dans la cuisine, c’est surtout le risque de cumuler les cuissons (le four, une autre plaque) ou de faire tourner le lave-vaisselle au même moment ; ailleurs dans la maison, un lave-linge ou un sèche-linge tirent eux aussi beaucoup d’un coup.

Cela dit, avec un coût électrique de 531 Wh (0,13 €) par cuisson, l’enjeu économique reste très faible. L’intérêt est surtout environnemental : cuire ses artichauts directement avec l’électricité du soleil plutôt qu’avec celle du réseau.

Pour aller plus loin

Pour comprendre de façon plus détaillée la consommation de cette cuisson d’artichauts, on pourrait :

Image représentant un moniteur 4K Dell P2715Q
Combien consomme un moniteur 4K Dell P2715Q ?